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Publié le 14 mars 2018

Sur l’appropriation culturelle du Yoga

Une copine me parlait ce matin de l’ « appropriation culturelle du Yoga », et tout de suite après cette discussion je tombe sur le teaser d’une vidéo relayée par une autre prof : « The Yoga Industry – A Documentary about what yoga has become ». Le sujet me turlupine depuis…

J’aime à penser que toutes ces histoires, que tous ces débats ne sont que de la masturbation intellectuelle que je laisse volontiers aux autres, cependant il y a bien là un sujet de fond! L’industrialisation, la « luxurisation », et la dénaturation du yoga sont un fait avéré aujourd’hui. La poussée du yoga vers l’Occident est parvenue à faire des heureux, et faire de ses aficionados des personnes plus apaisées et plus spirituelles. Mais comme avec chaque tendance, vient un lot de raccourcis qui effacent l’essence même du « Yoga ». Les disciples venus en Occident dans les années 60 pour propager le yoga et sa philosophie ne s’attendaient sans doute pas à ce qu’il soit détourné à ce point. L’effacement de l’ego se trouve sur le chemin qu’offre le Yoga, et c’est un comble que l’ego ait complètement pris le dessus sur cette voie (ou discipline, ou comme vous voudrez bien appeler le Yoga).

Pour moi (jeune prof qui ait pratiqué ici et là pendant 10 ans avant de s’investir pleinement, ayant passé un mois dans un ashram en France et n’ayant jamais mis les pieds en Inde) le yoga à l’occidental est une porte d’entrée sur la voie de la paix intérieure et de la spiritualité (de la compréhension du monde et de l’acceptation, de l’accès au bonheur de vivre avec respect et bienveillance). Le problème ce n’est pas le Yoga tel qu’il nous est arrivé, mais bien l’utilisation qu’en font des personnes non initiées, qui surfent sur la vague en trouvant cool et facile de faire Prof de Yoga. Personnellement, je trouve que c’est loin d’être facile. Cela demande du temps et de l’investissement, et procure énormément d’incertitudes face à ses propres aptitudes à enseigner le yoga correctement, à accompagner ses élèves et à les ouvrir à la spiritualité. J’appelle d’ailleurs « partage » et non enseignement ce que je propose pendant mes cours car je ne suis ni maître ni experte.  Bien évidemment, le yoga va au-delà de l’activité physique et je suis persuadée que les personnes qui ne voient pas plus loin que cela se lasseront d’enseigner ou de pratiquer cette « activité » pour passer à une autre, devenue plus à la mode.

Mais il y a quand même bien une raison à cet engouement massif. Le yoga fait du bien et ouvre de nouvelles perspectives : au corps, au mental, et à l’âme si on veut bien aller plus loin et trouver de bons professeurs. Je dois reconnaitre que les jeunes profs, même imprégnés par la spiritualité du Yoga, hésitent parfois à partager sa philosophie. La peur du débutant y est pour quelque chose mais on se laisse également avoir par la tendance et l’image. Cette fameuse mode du yoga-beautiful-body, ce yoga sport&shape qu’on nous montre absolument partout. Mais ce n’est pas ça le Yoga, et la masse de personnes qui s’y mettent ne le savent pas, c’est donc bien à nous « Professeurs » de leur démontrer ce que c’est, quitte à faire quelques adhérents en moins (car non tout le monde n’est pas prêt à aller dans cette direction)

 D’autre part, c’est à mon sens sans doute au niveau de l’encadrement et de la délivrance des diplômes qu’il faudrait faire quelque chose. J’ai eu la chance de bénéficier d’une formation courte et intense pleine de philosophie et de spiritualité, et je ne me permettrai pas de juger car je ne connais pas le contenu des autres formations, mais il en existe tellement et partout aujourd’hui qu’il est difficile de choisir et impossible de savoir si l’enseignement y sera de qualité. Cependant, ce qui fera la différence ensuite c’est ce que la personne fera de son diplôme. Il est joli, je l’ai moi-même dans mon studio (pour rassurer les gens sur mes compétences sans doute), mais au-delà de ça quel est notre but, vers ou va-t-on ? Nous sommes et serons élèves toute notre vie, nous ne serons jamais hindous (pas dans cette vie 😉 ), nous n’aurons jamais leur savoir, leur empreinte, leur vision, mais nous pouvons nous efforcer d’apprendre et de relayer le mieux possible, nous petits occidentaux ayant dérobé le joyau ancestral venu d’Asie.

 

 

Pour voir la vidéo en question:

https://www.kickstarter.com/projects/jamieleefilms/the-yoga-industry?lang=fr

 

Appropriation culturelle :

« On parle d’appropriation culturelle lorsqu’une pratique traditionnelle d’une population marginalisée est reprise et transformée par un groupe dominant pour son propre bénéfice ou plaisir. Parfois jusqu’à en effacer complètement les origines et/ou la signification. »